Eric Triton et Lily Cole: Blues en Mai…

« It don’t mean a thing if ain’t got that swing » : titre mythique du grand Duke Ellington, repris par des musiciens osant la mise à l’épreuve où même ceux dont on reconnaît la grande maîtrise technique peuvent échouer. The Irish aligne, ce vendredi, Eric Triton et Lily Cole, deux artistes mauriciens qui ont à la fois la maîtrise technique et surtout ce swing considéré essentiel par les plus grands.

 

13181038_10156781957805577_750004992_nCéline Cybèle aurait pu passer pour une prétentieuse en optant pour son nom de scène. La référence à Cole n’est pas usurpée : elle a, comme Nathalie et son géant de père, cette fabuleuse capacité de sentir le relief de certains morceaux et cela influe grandement sur la manière dont les interprètes restituent certaines œuvres.

Adele, Alicia Keys, Estelle, Rihanna, mais aussi Bob Marley et Bruno Mars : les influences et le répertoire de Lily Cole incluent également des éléments masculins. Sa voix feutrée lui permet de s’aventurer sur les glissements qui font le charme des voix graves et de garder une note suave là où les sopranes nous auraient paru chanter avec des voix aigrelettes.

C’est certain, The Irish a la main heureuse de pouvoir démarrer cette soirée avec Eric Triton et d’enchaîner avec la voix suave de Lily Cole. Nombreux sont ceux qui conviennent qu’un nom comme celui d’Eric Triton est du type « que l’on ne présente plus ». Mais ce serait lui faire injure que de s’en tenir à cette formule. En 1982, il chantait sa chanson LINITÉ devant une foule réunie au stade de Rose-Hill dans le cadre d’un concours national par l’Institut pour le Développement et le Progrès (IDP). Le jeune prodige allait faire son parcours du combattant en faisant de la musique alimentaire dans le circuit hôtelier avant de s’envoler pour vivre essentiellement de son métier dans un environnement plus propice. Il aura entretemps fourbi ses armes et ceux qui ont de la mémoire se souviennent encore de ce temps héroïque où il assurait la permanence du show avec Ernest Wiéhé au Tom Cat.

Vision en rupture et authenticité

Eric TritonL’exil est, pour bien des artistes mauriciens, un rite de passage qui leur confère la légitimité et la reconnaissance de leurs compatriotes. Cela a bien été le cas pour Eric Triton qui verra sa consécration dans ce moment où la presse française le découvre véritablement lorsqu’il fit la première partie du concert d’Henri Salvador à Paris. Il enchainait en présentant au public mauricien son premier CD aux influences blues, marquant une technique améliorée à la guitare – dont il joue avec une dextérité déconcertante, puisqu’il joue à l’envers sur une guitare de droitier alors qu’il est gaucher – et des textes articulés avec adresse pour donner à son public des éléments de surprise enrobés de poésie.

L’artiste a considérablement mûri depuis ; de nombreuses expériences ont marqué l’homme qui décline toujours ses vœux d’unité pour un peuple à l’identité morcelée. C’est peut-être aussi cette vision en rupture et son authenticité qui maintiennent tout son charme. C’est le premier vrai professionnel de la musique qui tourne régulièrement à l’étranger et qui profite de ses tournées pour participer à des ateliers qui contribuent à enrichir ses compositions. Et là, il revient justement d’une tournée européenne… avec de nouveaux titres et des surprises pour ses fans ?

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