LIN: le diamant brut des faubourgs de la capitale

LIN était chez The Irish le 22 mai dernier et certains l’ont raté parce qu’il se produisait le week-end où démarrait le ramadan. Qu’à cela ne tienne, le voilà à nouveau au programme de ce vendredi 30 juin en ces lieux où il est venu, fut reçu et a convaincu.

LIN

Linley Abdool Raman, dit LIN, est l’incarnation du bien qui peut surgir de la transgression. Quarante ans. Entre Cité La Cure et Tranquebar, ces quatre décennies ont fait un homme du bébé né d’un père musulman converti au catholicisme qui a épousé une femme catholique. Quatre décennies qui parlent de cette île Maurice plurielle fantasmée par moult récits littéraires mais qui s’écrit dans le sang de ceux issus du métissage et pour qui le « multi-ceci » et le « multi-cela » ne sont que du discours creux d’une élite d’incapables. Car, en face de ceux-là surgissent tous ceux qui sont déjà dans la « trans » : eux incarnent cette réaction qui fait que deux fragments arrivant de deux côtés opposés se fixent sur la molécule du substrat…

A 40 ans, il sait qu’il finira par concrétiser son rêve de créer un foyer. Mais, pour l’instant, il éprouve le besoin de chérir cette maman qu’il a peur de perdre. Alors, son amour pour elle, il le vit comme une prière. Pas celle où l’on casse les bonbons à une divinité pour se faire des couilles en or, mais celle où un homme de 40 ans prend le temps de s’arrêter matin, midi et soir pour s’accorder un temps pour communier au divin et se trouver une utilité sociale le temps d’une vie humaine.

Otentik Groove, c’est le nom de la formation qui l’accompagne et l’on peut alors réaliser que ce nom n’est certainement pas anodin et qu’il fait vibrer le chanteur de toute sa trans-culture. Le jeune servant de messe ne va plus à l’église, il ne veut pas spolier l’authenticité de ses prières dans des communautés qui se renferment sur elles-mêmes. Ce n’est pas son histoire ; la sienne l’appelle à l’ouverture, toujours plus grande, toujours plus exigeante. Il s’accomplit quand il accompagne ses amis à Grand Bassin, à la pagode ou au temple tamoul. Et, pour ainsi célébrer la vie pleinement et avec tous ceux de son entourage, c’est vers lui que l’on se tourne quand il y a un décès dans le voisinage et qu’il faille, par exemple, pourvoir au bain funéraire.

Faut-il alors s’étonner qu’un tel homme puisse chanter la vie avec une telle ferveur ? Faut-il s’étonner qu’il ait les mots pour dire l’amour avec une telle intensité ? Faut-il s’étonner que la pierre brute issue des faubourgs de Port Louis puisse briller aux yeux de la jeunesse cossue des Plaines Wilhems ? Celle-ci est en panne de poésie pour dire qu’ils sont prêts au sang renouvelé et à la transhumance. LIN est le symbole d’une nouvelle lune et de nouvelles promesses ; pour la chanson et pour la belle histoire de sa vie. Une vie authentique.

© Neologik Ltd. – 2017

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