POV: Croquer la vie sans donner… dans la caricature!

POV, de son vrai nom William Rasoanaivo, est le dessinateur de presse qui interpelle le Mauricien aussi fortement qu’un bon éditorialiste au temps des jours fastes de la presse locale. Il sera chez The Irish ce mercredi pour y animer son premier atelier de dessin à l’intention des Réguliers.

POV

POV, c’est comme une anagramme : Point of View. Et le point de vue de ce Malgache ouvre les yeux du Mauricien à ses aveuglements. Installé à Maurice depuis 2006, William Rasoanaivo propose aux Mauriciens un regard critique et thérapeutique sur leur actualité en général et leur personnel politique en particulier. L’actualité mauricienne est croquée sans complaisance aucune. Tout le monde y passe, en particulier les puissants. C’était le propre des bouffons du roi de faire du souverain et de sa cour, cette coterie si prompte à faire courbette pour obtenir les faveurs du monarque et qui se pâme de ces avantages qui suscitent les envies de la plèbe.

Entre propos éculés et formules qui ne font plus recette, la presse n’est plus ce qu’elle était et la grogne envers celle-ci s’exprime sur les réseaux sociaux. Il y a, toutefois, des exceptions à la règle : les lecteurs n’envoient jamais de courriers pour se plaindre des astrologues et des caricaturistes. Mais, au-delà de la caricature, il y a un genre qui s’est fait sa place dans la presse internationale et locale : le dessin de presse. Ici, le dessinateur s’empare de la fonction éditoriale car il parvient avec un dessin parfaitement légendé à mettre en lumière un travers du discours bien-pensant et du politiquement correct.

Ainsi, depuis une vingtaine d’années, Deven Teeroovengadum avait fini par s’imposer comme l’éditorialiste officiant avec le dessin de presse. Il régnait même en maître incontesté par défaut, jusqu’à ce qu’un POV s’installe à Maurice et s’incruste dans le paysage médiatique local. Aujourd’hui, ces deux dessinateurs de presse ont relégué les éditorialistes traditionnels au second plan –ceux-ci sombrant dans la médiocrité faute d’avoir pu renouveler leurs paradigmes – et les Mauriciens accèdent à une forme de compréhension commune de leur quotidien et de leur sort par le biais de messages subliminaux contenus dans des dessins d’une redoutable acuité et en même temps tellement désopilant.

« La caricature c’est mon métier et aussi ma passion. Pour moi c’est l’art d’exprimer ce qui rend chaque individu et chaque sujet unique », affirme le talentueux Malgache. POV, cependant, n’est pas que dessinateur de presse ; il est aussi un artiste de la BD. Il ne s’agit pas de la même approche : dans le cas du dessin de presse, il doit condenser plusieurs idées dans un dessin ; dans le cadre de la BD, c’est un seul concept qui se décline sur une succession de dessins. Dans un cas comme dans l’autre, il est un scénariste, agençant l’insolite des situations et des propos dans des images qui donnent de nouvelles dimensions aux faits évoqués. Et c’est à cette manière particulière de conceptualiser et de décliner les réalités que POV entend initier les Réguliers de The Irish.

Le programme est bien posé : « Mercredi, on va attiser notre sens de l’observation, susciter des émotions enfouies ou en surface et les accoucher sur du papier. On va communiquer des idées, exprimer des sentiments avec le langage du crayon après avoir acquis quelques basiques de construction de dessin », explique POV au sujet de la séance prévue pour mercredi. Les participants doivent s’acquitter d’un frais de participation de Rs. 500. Mais qu’ils se rassurent, le montant de leur participation est compensé le soir même par un montant équivalent à la consommation.

Javed Vayid, le General Manager de The Irish, ne cache pas sa joie: « Nous avons dès le départ fait le vœu d’être le catalyseur de la vie culturelle dans les Plaines Wilhems. Après nos concerts live du vendredi, nous mettons maintenant le paquet pour des mercredis axés sur la convivialité et des activités de groupe visant à nous enrichir. Avoir POV chez The Irish, c’est comme si nous organisions un atelier d’écriture littéraire où l’on apprend certaines techniques d’écriture avec un auteur connu et respecté », dit-il. Et il essaie de mettre les choses en perspective.« C’est aussi notre manière chez The Irish de faire du mécénat culturel ; nous ne savons pas ce que cela va donner, mais nous savons où nous voulons aller ».

© Neologik Ltd. – 2017

 

 

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