Rafiki et Fusional Mind : le chant des affranchis

Rafiki revient chez The Irish ce vendredi avec ses amis du groupe Fusional Mind. Ce sont les enfants de la côte, ceux de l’ouest sauvage et à la liberté souveraine, qui donnent rendez-vous aux gens « des hauts ». Pour que s’entremêlent le chaud et le froid, et que de cette fusion puissent surgir les hymnes qui guérissent les plus jeunes des démons qui hantent les générations appelées à disparaître…

Rafiki - Raphael Audibert

Rafiki, c’est le chanteur qui évolue entre reggae et hip-hop. Peut-être que le jazz exerce aussi sur lui une certaine influence comme il en est pour Fusional Mind, ce groupe de La Gaulette qui l’accompagne. Car, le groupe de Steeve Laridain se plait à marier le traditionnel et le moderne en convoquant à la noce le reggae, le jazz, le salegy et la soul.

Entre La Gaulette et Tamarin, on longe la côte donnant sur le majestueux escarpement du Morne. Au rythme des flots, se dit une histoire des forces telluriques qui ont projeté une part d’île vers ses destinées océaniques… Mais les peuples qui sont venus habiter cette terre se sont révélés incapables de se défaire des chaînes de cet esclavage pourtant officiellement aboli. Les enfants d’aujourd’hui ne se veulent toutefois pas enchainés à ce passé décomposé qui interdit de voler vers des avenirs décomplexés.

Rafiki ne revendique rien du tout ; liberté ultime que celui de pouvoir se détacher de tout. Sans rejet, ni négation. L’Etat Civil atteste de qui il est et son nom parle des ancêtres dont il provient. Il porte le nom d’un ange, et celui de sa famille l’enracine à cette terre. Raphaël est descendant des Audibert, une des premières familles françaises à s’installer dans l’île. Ce n’est pas que cette histoire ne serait pas la sienne ; au contraire, il s’en libère, sans cesse. Car, dans ce pays qui entrave la marche des affranchis, les uns et les autres sont prompts à vous remettre aux fers.

Chante-t-il ou prêche-t-il ? Appartiendrait-il à cette race des griots et des druides dont la parole a valeur prophétique ? Aussi quand il chante, bien des jeunes comprennent qu’il n’y a aucune liberté qui n’est accordée mais qu’elles sont toutes à prendre. Souvent par la force. Et toujours par le chant.

Alors, il leur fait entonner des chants de liberté. Les hymnes et les incantations s’élèvent et animent les nuits de cette république schizophrène qui opprime et tend à assécher la sève de sa jeunesse.

Finn arrive ler, pou coumens koz la verité

Bann tabou pe embaras nou société

Ena kozé ki nou pa pe mem kapav kozé

VOICE OUT, avan to zenfan dan difé !

Rafiki chante des chants de guérison pour les âmes meurtries de ses compatriotes. Et lui-même de temps en temps s’évade ; on le retrouve à Trinidad ou en Jamaïque pour sa quête mystique, pour ses expériences de fermes agricoles organiques ou pour tout simplement s’étendre paisiblement et se laisser aller aux rêves des herbes folles…

Rafiki Concert

Steeve Laridain est aussi un esprit libre, passé de La Gaulette à un coin d’Europe, de la musique d’hôtel à la sienne. Une musique en partie héritée de ses parents, de ce père qui aimait les Shadows, d’un grand-frère bercé par les skas de The Police et de sa mère qui cadençait au rythme des ségas. De ces morcellements, il a fait un domaine complexe où la musique reevèle son esprit en fusion.

« Dépi lontan mo ekout lamizik, depi zanfan monn koumans fer mo nik. Monn pran tipik monn met dan akoustik, monn gagn enn bann trik ki ti mari mistik» : faut-il plus ample introduction ? Une basse, une batterie, des percussions, une guitare sèche : les supports de base pour faire de la musique pour qu’elle devienne le vecteur de toutes les rencontres. Et c’est ainsi qu’elle présida à celle du gars de Tamarin et celui de La Gaulette. Ils étaient faits pour s’entendre. Et, ce vendredi, ils se feront entendre.

© Neologik Ltd. – 2017

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