Javed Vayid: “Le souci constant de plaire à notre clientèle”

Déjà deux ans au compteur, The Irish est devenu le lieu de référence en matière de restauration et de divertissement dans les Plaines Wilhems. Javed Vayid répond à nos questions et donne les clés pour comprendre le succès de cet établissement unique en son genre à Maurice.

Javed Vayid

The Irish entame sa troisième année. Vous n’avez pas marqué le deuxième anniversaire cette fois. Ce n’est plus une occasion à célébrer?

Javed Vayid – Bien sûr que c’est un anniversaire qui mérite d’être célébré. Et nous allons le faire. Nous n’avons pas eu une fin d’année tranquille. Nous avons eu à gérer un moment éprouvant pour le centre commercial avec l’incendie chez nos voisins du supermarché. Et le temps que nos Réguliers retrouvent leurs marques, nous étions arrivés aux festivités de fin d’année. Je crois que nous avons bien fait de ne pas nous précipiter car le temps a été très capricieux en ce début d’année, avec une pluviométrie qui a fini par faire pas mal de sinistrés. Je ne pense pas que nous aurions pu faire la fête sereinement en pareille circonstance. Ce serait comme manquer de délicatesse et nous montrer insensible au malheur de nos compatriotes. Nous avons ainsi opté pour marquer cette occasion le jour de la Saint-Valentin. Comme on le sait, chez The Irish depuis le début, nous avons formulé notre propre événement qui s’intitule la « Soirée des Sans Valentins », une soirée dédiée à celles et ceux qui ne sont engagés dans aucune forme de vie de couple. C’était notre clin d’œil aux célibataires qui se retrouvaient en marge de toutes les célébrations dédiées aux couples. Nous sommes fiers de cette formule ; c’est la première création événementielle de The Irish. Cette première édition était aussi le lancement de notre première soirée avec des artistes jouant en live, ce qui est une caractéristique essentielle d’un pub irlandais. Je crois donc que célébrer les deux événements, notre anniversaire et la Soirée des Sans Valentins, est un bienfait, et montre notre adaptabilité face aux circonstances de la vie, les caprices du temps et le hasard du calendrier.

Vous avez voulu vous positionner comme un catalyseur de la vie culturelle pour les Plaines Wilhems. Pensez-vous justement y être parvenu avec les représentations des artistes en live ? Est-ce que ce n’est pas réduire la culture à la musique seulement ?

JV – Il y a deux volets à votre question et je vais donc les aborder en deux temps. Il y a d’abord le challenge que nous avons voulu affronter. Comme je vous le disais, les spectacles de musique en live fait partie de l’ADN d’un pub irlandais authentique. Nous ne nous sommes pas condamnés à faire que de la musique irlandaise, mais notre concept d’ouverture nous a permis d’intégrer ce que les artistes locaux font de mieux. Nous avons ainsi contribué à faire découvrir des talents et à les faire se produire aux côtés d’artistes confirmés. Ils sont nombreux aujourd’hui ces artistes qui utilisent nos articles comme fiches de présentation alors qu’ils ont des producteurs qui auraient dû y pourvoir. Qu’à cela ne tienne, nous sommes ravis pour ceux qui parviennent à se produire ailleurs. Nous sommes ravis d’avoir pu contribuer à dynamiser ainsi le secteur et nous ne prenons pas ombrage que cela ait aussi profité à nos concurrents. Nous avons été des mécènes et nous sommes enchantés d’avoir pu contribuer à l’enrichissement de la vie culturelle dans le pays. Ceci dit, nous n’avons pas vocation à nous substituer aux organismes de l’Etat qui ont pour mission de subventionner et d’encadrer le secteur créatif et culturel. Nous, nous avons des comptes à rendre à nos actionnaires et ce type de soutien au monde culturel a un coût que nous devons justifier auprès d’eux. Nous avons donc adopté des formules avec des groupes pour que nos activités ne soient pas budgétivores. Nos Réguliers ne sont donc aucunement lésés de ces soirées du vendredi soir qui leur tiennent à cœur.

Hyphen Live at The Irish

Pour l’autre volet de la question, je dois avouer que nous avons bien essayé d’avoir des animations culturelles en semaine en complément de nos soirées live. C’est triste à dire, mais nous avons échoué. Nous avons tenté, par exemple, de valoriser les moments de convivialité par le biais d’un quizz ; nous avons passé de bons moments, mais je ne peux pas dire que c’était une réussite. Le souci c’est que nous ne disposons pas de compétences professionnelles dans ce domaine. L’organisation d’un quizz, ce n’est pas seulement poser quelques questions à des concurrents. Il s’agit de formuler des questions adroitement, faire des recherches, trouver l’animateur qui a le débit pour ce type d’exercice, emmener les participants à des niveaux plus élevés. Or, cela exige une formation que même ceux qui seraient de bonne volonté n’ont pas. Il n’existe rien, aucune structure, pour former aux métiers du monde culturel. L’événementiel est aux mains de quelques improvisateurs. Je ne jette pas la pierre à ceux-là, j’en fais moi-même partie. Mais je ne me raconte pas d’histoires, je sais qu’il faut de la rigueur dans ce que l’on fait et, autant que je ne suis pas complaisant envers moi-même, il n’y a pas de raison que je le sois envers les autres. Il faut que l’on se professionnalise, il n’y a pas à tergiverser.

The Irish propose une cuisine gastronomique, mais vous avez aussi des burgers sur la carte. N’est-ce pas là une confusion des genres ?

JV – Absolument pas. Nos burgers n’ont rien à voir avec les produits que vous retrouvez dans les bacs de congélation des supermarchés ! Chef Ronan Boucher est celui qui élabore nos burgers qui sont pressés maison avec de la viande de grande qualité. Si vous saviez le temps qu’il met pour faire un burger avec de l’agneau braisé ou encore comment il est parvenu à nous concocter un Sloppy Joe, vous changez votre conception du burger. Chez nous, les burgers s’intègrent à notre carte gastronomique. En outre, cela nous permet de proposer des prix planchers qui permettent aux jeunes avec des moyens limités de pouvoir se faire plaisir.

Sloppy Joe

Par ailleurs, je crois pouvoir dire que nous avons révolutionné l’offre dans une grande mesure sur le marché mauricien. Je suis ravi quand je vois aujourd’hui d’autres restaurants ou bistrots proposer des burgers concoctés chez eux. Quand je regarde la réaction de la concurrence aujourd’hui, je crois que nous avons eu une influence positive sur le marché. En ce sens, nous avons eu la main heureuse de pouvoir conclure avec quelqu’un comme Ronan Boucher qui, en outre, est en train de former notre personnel en cuisine. Il ne faut pas perdre de vue qu’il est à la fois chef et pédagogue.

Peut-on dire qu’au bout de deux ans The Irish a trouvé sa formule définitive ?

JV – The Irish fonctionne selon une formule qui le qualifie comme un pub irlandais authentique. Notre force réside dans notre capacité à intégrer des éléments locaux dans ce qui constitue les quatre piliers d’un pub irlandais : la convivialité, des repas et des boissons de bonne qualité, de la musique en live. Nous avons aussi investi dans un aménagement de style victorien et un tel investissement ne s’était jamais vu à Maurice dans le secteur du divertissement et de la restauration. Ca c’est le cadre structurel, mais il y a toute une créativité qui s’exprime à l’intérieur de ce cadre. Cette partie est évolutive, elle est conjoncturelle. Cette partie n’est jamais définitive : c’est ce qui anime notre établissement et lui donne vie.

Alors, à quoi devrions-nous nous attendre pour cette troisième année ?

JV – Sans gâcher l’effet de surprise, je peux déjà vous assurer que The Irish va bientôt dévoiler son nouveau menu et sa nouvelle carte des vins. Nous avons plus d’une fois procédé à ce renouvellement, ce qui indique que nous nous remettons constamment en question pour concevoir les formules qui conviennent à ceux qui viennent manger et boire chez nous. Nous avons aussi apporté quelques amendements à la disposition en salle, ce qui renforce le caractère intimiste des lieux. Et il est certain que nous allons aussi considérer le pôle de l’animation car la seule soirée musicale du vendredi soir est insuffisante. Il faut d’autres éléments en complément et nous allons les trouver durant cette troisième année. C’est ce souci constant de plaire à notre clientèle qui nous motive et nous permet de trouver les formules auxquelles tout le monde adhère.

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